En juillet 2021, la RTI consacrait deux reportages de sa série “Made in Africa” au secteur du thon en Côte d’Ivoire.

Le premier reportage est consacré à l’activité lucrative de la pêche au thon et à l’importance de cette espèce pour la Côte d’Ivoire, qui se présente comme un “hub du thon”, grâce aux infrastructures du port d’Abidjan. C’est en effet au port de pêche de la capitale économique ivoirienne que les thoniers viennent débarquer les captures réalisées dans toute la région.

Le deuxième reportage s’intéresse à l’envers du décor : les espèces pêchées non exportables et non commercialisables par les industriels. Quand les plus gros thons “10+” kilos partent à l’export, les espèces entre 1,8kg et 6kg sont envoyées à l’usine pour être mises en conserve. En dessous d’1,8kg, les “faux thons” sont considérés comme non exploitables et servent à alimenter le marché local; et notamment à concocter le plat national, le Garba, un business lui aussi en plein essor.

Si les garbadromes et les garbatiguis ont le vent en poupe, la question de l’accès au “faux thon” reste problématique pour les femmes mareyeuses, qui comptent sur cette espèce pour avoir une activité continue hors de la saison de pêche artisanale, qui court de la mi-juillet à la mi-novembre. En dehors de cette période, lors de laquelle les femmes reçoivent les captures des pêcheurs artisans, les débarquements sont presque inexistants. Et les revenus aussi.

Comme le rappelle l’ONG CAPE-CFFA, le protocole actuel de l’accord de partenariat UE-Côte d’Ivoire pour une pêche durable (APPD) encourage les armateurs de l’UE à vendre une certaine quantité de poisson directement aux femmes ivoiriennes. Or, aujourd’hui, cette victoire décrochée grâce au plaidoyer de l’USCOFEP-CI et de ses partenaires (notamment la CAOPA et CAPE-CFFA) au Parlement Européen en 2016, n’a toujours pas été concrétisée. Alors que le “faux thon” représente un vrai espoir pour les femmes, celles-ci n’en ont toujours pas vu la couleur, alors même qu’elles ont l’agrément pour leur commercialisation.

A l’occasion de la journée mondiale des femmes 2020, l’USCOFEP-CI organisait une nouvelle journée de sensibilisation pour poursuivre ce plaidoyer. Comme le montre bien le reportage de la RTI, ceci impliquera de jouer des coudes avec une poignée de mareyeurs, “un cercle fermé” par qui tout le faux thon débarqué à Abidjan transite. Ceci demandera aussi un changement structurel au niveau de l’organisation de la chaîne de commercialisation, pour permettre aux femmes de se faire une place et de continuer à jouer leur rôle socio-économique dans la société.

Nous, les femmes de l’USCOFEP-CI, exhortons le gouvernement ivoirien

  • à poursuivre leurs efforts pour faire appliquer le protocole de l’APPD UE-Côte d’Ivoire, afin que les femmes puissent sécuriser leur accès à la ressource.
  • à améliorer la transparence dans le circuit de commercialisation et de distribution du « faux-thon », notamment en ce qui concerne les prix et les acteurs habilités de la chaîne d’approvisionnement.

A l’Union Européenne, nous demandons

  • de poursuivre les efforts pour encourager les armateurs de navires européens à vendre une certaine quantité de leur poisson directement aux femmes; ainsi que
  • de continuer leurs efforts pour que les besoins des acteurs de la pêche artisanale, et notamment des femmes mareyeuses et transformatrices, soient pris en compte au niveau de l’appui sectoriel.

Nous appelons les Parties ivoiriennes et européenne à mettre ces enjeux au centre des échanges lors du prochain comité conjoint CI-UE, qui discute de la mise en œuvre de l’accord et dont la prochaine réunion est prévue pour l’automne 2021.

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