La SIPEMACI, créée en décembre 2018, a signé une convention de partenariat avec l’USCOFEP-CI dans le but d’aider les femmes à accéder à des produits de pêche en haute saison. Leur vision : permettre à 10 000 mareyeuses d’accéder à de la ressource de qualité et donner du travail à 4 000 jeunes. Leur objectif pour concrétiser cette vision : aider l’USCOFEP-CI à constituer une flotte qui pourra les approvisionner avec sécurité en produits de pêche de qualité, en co-gestion avec l’entreprise ; et soutenir l’emploi des jeunes dans le secteur. En tout, c’est 150 embarcations que la SIPEMACI vise à mettre en place sur tout le littoral (Grand Basssam, Grand  Lahou, San Pedro, Fresco, Sassandra et Tabou). Zoom sur la première société de construction navale en Côte d’Ivoire et sur les enjeux pour réaliser sa vision du secteur de demain.

Lundi, 6 janvier 2022. L’année commence à peine mais les collaborateurs de la SIPEMACI sont déjà à pied d’œuvre sur le chantier de construction de leurs premiers navires de pêche artisanale. Cela a été un travail de longue haleine, mais l’année dernière, le Ministre des Ressources Animales et Halieutiques (MIRAH) de Côte d’Ivoire a permis à l’entreprise de trouver un site de construction.

La SIPEMACI est la première société de construction navale en Côte d’Ivoire. Créée le 25 décembre 2018, ses fondateurs se sont donné comme but d’apporter à la Côte d’Ivoire une flotte de navires de pêche artisanale, grâce à un partage de savoir-faire avec des experts venus du Maroc, un pays moteur en matière d’expertise et d’innovation dans l’industrie halieutique. Sur les 4 associés, 2 sont Ivoiriens et 2 sont Marocains.

En effet, les deux navires sur lesquels le chef de chantier passe la dernière couche de peinture n’ont rien à voir avec les embarcations utilisées encore aujourd’hui dans les eaux ivoiriennes par les pêcheurs artisans. Navires de type marocain adapté au contexte ivoirien, ils seront en plus équipés de sondeur, GPS, de 2 moteurs et d’une poulie pour remonter les filets. Ils sont adaptés pour 2 types de pêche : la senne tournante et la pêche à la palangre. Selon le chef de chantier, de tels navires ont une durée de vie de plus de 20 ans, contre environ 6 mois pour les embarcations actuellement utilisées.

La vision de la SIPEMACI : Mettre en place une flotte nationale de navires de pêche artisanale de qualité pour les pêcheurs ivoiriens ; soutenir l’employabilité et l’emploi des acteurs du secteur (notamment les jeunes) ; et permettre aux femmes mareyeuses d’avoir accès à des produits de pêche de qualité et à des prix justes. Au total, les activités de la SIPEMACI pourraient permettre à 10 000 mareyeuses d’accéder à de la ressource de qualité et donner du travail à 4 000 jeunes en Côte d’Ivoire, dans de nombreux segments du secteur : menuiserie, mécanique, pêche, ferronnerie, etc.

Pour les associés, l’élément déclencheur qui a mené à la création de la SIPEMACI a été la difficulté  des femmes mareyeuses à accéder à la ressource, situation inextricable qui continue de s’empirer au fil des saisons. « Depuis novembre 2017, date de l’inauguration du débarcadère de Locodjro, celui-ci n’est toujours pas fonctionnel. Les mareyeuses en souffrent », confie l’un des associés, Monsieur Armand Dion.

Un constat relayé par l’USCOFEP-CI à différentes reprises au cours des dernières années .

A cela s’ajoute une autre réalité à laquelle les mareyeuses continuent de se heurter : dans le secteur de la pêche artisanale, les femmes préfinancent souvent les campagnes de pêche, avec la promesse par derrière que les navires préfinancés leur débarquent leurs prises. Or, comme nous le rapporte la Présidente de l’USCOFEP-CI, il n’est pas rare que ces promesses ne soient pas tenues : « des fois, on pré-finance des pirogues ghanéennes, mais on ne les voit pas revenir. Elles repartent débarquer au Ghana, et nous nous sommes lésées ».

Le modèle de fonctionnement de la SIPEMACI est construit sur la co-propriété, sur la base d’un co-investissement entre l’entreprise et un investisseur tiers. La SIPEMACI prend en charge la construction, la gestion administrative (autorisations, employés) et la maintenance. A la fin de chaque mois, la moitié des bénéfices récoltés est reversé par l’entreprise au co-investisseur.

« Nous souhaitons que les mareyeuses deviennent des partenaires privilégiées de la SIPEMACI. Qu’elles aient leurs propres embarcations », continue un autre associé.

C’est dans ce contexte que la SIPEMACI et l’USCOFEP-CI ont signé une convention de partenariat. Cette convention prévoit que les prises des navires de la SIPEMACI soient vendues aux femmes, leur garantissant ainsi un approvisionnement en produits de pêche en haute saison. La convention prévoit aussi d’aider à la mise en place de chambres froides sur les sites de débarquement, pour faciliter le stockage et éviter les pertes post-captures.

« Nous voulons promouvoir le poisson ivoirien », renchérit Armand Dion. « Nos navires reviendront débarquer tous les jours,  garantissant ainsi du poisson frais et de qualité aux mareyeuses. Ce n’est pas le cas de tous les navires de pêche artisanale, qui passent parfois plusieurs jours en mer avant de débarquer. Les navires seront également équipés de caisses isothermes et de systèmes de fabrication de glace, pour que les poissons soient protégés de la chaleur ».

A moyen terme, la SIPEMACI souhaite ajouter à ces navires des innovations en matière de conservation intelligents, en s’appuyant sur les innovations disponibles au Maroc, par exemples des instruments de fabrication de glace fonctionnant grâce à des panneaux solaires.

Mais leur priorité est d’aider leur partenaire, l’USCOFEP-CI, à mobiliser des fonds pour co-investir dans de telles embarcations et constituer sa flotte.

Leur autre priorité est également de soutenir des emplois de qualité dans le secteur, notamment pour les jeunes. Pour cela, la SIPEMACI cherche à mettre en place un partenariat avec le lycée professionnel des métiers de la pêche de Grand-Lahou. Selon le gérant, sur 1200 élèves qui sortent des promotions du lycée de Grand Lahou, seulement 20 trouvent un emploi. « Pour chaque bateau, nous devrons recruter 4 marins, d’abord supervisés par un capitaine marocain. Puis nous aurons besoin de soutien dans d’autres domaines, comme la construction, la maintenance des navires, la menuiserie, la ferronnerie, etc. Nous voulons aider les jeunes à compléter leur formation et les moins jeunes à se mettre à niveau. Ça fait partie de notre mission ».

La SIPEMACI prévoit ainsi plusieurs formes de renforcement des capacités, avec d’abord l’opportunité pour les nouvelles recrues de faire un stage de 6 mois rémunéré au sein de l’entreprise. La société organise également des séances de recyclage pour faire une mise à niveau des marins (maintenance des moteurs et ramendage des filets en mer), qui ont déjà commencé.

Martial, jeune diplômé du lycée qui s’affaire sur le site, est l’un des premiers à bénéficier d’un stage au sein de la SIPEMACI. Actuellement, il travaille avec l’ingénieur marocain de l’équipe, qui lui transmet son savoir-faire. Un travail minutieux et rigoureux.

Martial, stagiaire issu du lycée de Grand-Lahou
Martial, stagiaire

En ce début d’année, une fois les 2 premiers navires achevés, ceux-ci seront bientôt mis à flot. La SIPEMACI reste ouverte aux investisseurs, tout en appuyant l’USCOFEP-CI pour les aider à accéder à des financements. Ils sont confiants, leurs études le montrent, le modèle est rentable. Selon leurs estimations, en 8 mois, l’achat d’un navire peut déjà être amorti.

« Nous avons créé la SIPEMACI parce que nous voulons valoriser la pêche et les acteurs du secteur en Côte d’Ivoire. C’est notre secteur, et nous connaissons les réalités. Les mareyeuses, ce sont nos femmes, nos mamans. Les jeunes qui ne trouvent pas d’emplois, ce sont nos enfants. Nous avons des solutions et nous espérons recevoir le soutien nécessaire pour les réaliser, nous ainsi que nos partenaires les femmes mareyeuses. », conclut Armand Dion.


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